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2019/10/28 - Le concours de nouvelles : vous laisserez-vous guider par Lucien ?

Retrouvez le Concours de la nouvelle Jacqueline de Romilly pour sa sixième édition ! Le concours comporte deux catégories : il est ouvert aux lycéens et aux étudiants de licence et de CPGE. Les meilleures nouvelles seront récompensées par des voyages ou par un prix de 1000 €. L'Antiquité vous inspire, même ironiquement ? Alors n'hésitez plus ! Vous pouvez vous inscrire sur la page Concours et y déposer votre texte, jusqu'au 14 mars 2020.

Voici quelques extraits de Lucien qui pourraient vous servir de guide, vous donner matière à inspiration, ou tout simplement vous amuser. Bonne lecture et bonne chance !

1. Lucien, Histoires vraies, livre 2, 20
Le personnage principal rencontre Homère sur l’île des Bienheureux et en profite pour lui poser quelques questions.

Il ne s’était pas encore écoulé deux ou trois jours qu’abordant le poète Homère, qui était comme moi de loisir, je lui demandai entre autres choses de quel pays il était. « C’est encore à présent, dis-je, un point fort discuté chez nous. – Je n’ignore pas, me répondit-il, que les uns me croient de Chios, les autres de Smyrne, beaucoup aussi de Colophon. Mais en réalité je suis Babylonien et mes concitoyens m’appelaient, non pas Homère, mais Tigrane. Ensuite, envoyé en otage chez les Grecs, j’ai changé de nom. » Je lui demandai encore si les vers notés comme apocryphes étaient bien de sa main. Il me répondit qu’ils étaient tous de lui ; sur quoi je ne pus m’empêcher de réprouver l’extrême pédanterie des grammairiens Zanodote et Aristarque. Quand il eut pleinement satisfait ma curiosité sur ce point, je lui posai une autre question : « Pourquoi donc as-tu commencé par le mot colère ? – C’est que, dit-il, l’idée m’en est venue ainsi. Je ne l’ai pas fait à dessein. » Je désirais savoir en outre s’il avait composé l’Odyssée avant l’Iliade, comme beaucoup le prétendent ; il répondit que non. Quant à savoir s’il était aveugle, ainsi qu’on l’assure, je le sus tout de suite, car je le voyais bien, et je n’eus pas besoin de m’en informer. J’eus encore avec lui bien d’autres conversations ; chaque fois que je le voyais de loisir, je l’abordais et lui faisais quelque question. Il me répondit toujours volontiers, surtout après le procès qu’il gagna contre Thersite. Celui-ci lui avait intenté une accusation de diffamation, pour l’avoir ridiculisé dans son poème. Défendu par Ulysse, Homère fut absous.

2. Zeus tragédien, 1-4
Panique sur l’Olympe, Zeus semble en proie à une angoisse terrible…

Hermès. – « Ô Zeus, pourquoi cet air soucieux et ces soliloques ? Pourquoi ces allées et venues ? D’où viennent cette mine pâle et ce teint de philosophe ? Confie-toi à moi, prends-moi pour conseiller dans ta peine. Ne dédaigne pas le bavardage de ton serviteur. »
Athéna. – « Oui, Cronide, notre père, maître des rois, j’embrasse tes genoux, moi, Tritogénie, la déesse aux yeux pers. Parle, ne cache rien dans ton âme ; fais-nous connaître quel souci te ronge l’esprit et le cœur, pourquoi tu pousses de si profonds soupirs et pourquoi la pâleur a envahi tes joues. »
Zeus. – « Non, il n’est point de mal si terrible à nommer, point de souffrance, point de malheur si tragique que je ne surmonte en dix vers iambiques. »
Athéna. – « Apollon, quel prélude à ton discours ! »
Zeus. – « Ô détestable engeance de la terre ! Et toi, Prométhée, quels maux tu m’as causés ! »
Athéna. – « Qu’y a-t-il ? Tu peux le dire au chœur de tes parents. »
Zeus. – « Ô sifflement du bruyant éclair, quel effet produiras-tu ? »
Héra. – Calme ta colère, Zeus, car nous ne pouvons pas jouer la tragédie, ni réciter des vers comme ces deux dieux. Nous n’avons pas avalé tout Euripide, pour être en état de te donner la réplique. Crois-tu que nous ignorions la cause de ton chagrin ?
Zeus. – « Oui, tu l’ignores ; autrement tu pousserais de beaux cris. »
Héra. – Je connais le grand sujet de tes soucis : c’est l’amour. Et je ne pousse pas les hauts cris, car tu m’as fait si souvent de pareils outrages que j’y suis habituée. Il est vraisemblable que tu as découvert quelque Danaé, quelque Sémélé, quelque Europe et que c’est l’amour qui te tourmente. Tu songes à te transformer en taureau, en satyre, en pluie d’or, pour te couler par le toit dans le sein de ta maîtresse. Les soupirs, les larmes, la pâleur ne sont que les symptômes de l’amour.
Zeus. – Ô simple créature, qui crois que nos affaires roulent sur l’amour et sur de pareilles bagatelles !
Héra. – Eh bien, quel autre motif as-tu de te chagriner, toi, Zeus ?
Zeus. – Les affaires des dieux sont exposées aux derniers dangers et sont, comme on dit, sur le tranchant du rasoir. Il s’agit de savoir si nous devons continuer à être adorés et garder les honneurs qu’on nous rend sur terre, ou bien être entièrement négligés et compter comme zéro.
Héra. – Eh quoi ! la terre a-t-elle de nouveau enfanté des géants, ou bien les Titans ont-ils rompu leurs fers, maîtrisé leur garde et prennent-ils une seconde fois les armes contre nous ?
Zeus. – « Rassure-toi : les dieux n’ont rien à craindre des Enfers. »
Héra. – Quel autre malheur pourrait donc se produire ? Je ne vois pas pourquoi, n’ayant pas d’ennui de ce côté, tu nous montres le visage d’un Polos ou d’un Aristodémos au lieu de Zeus.
Zeus. – Hier, Héra, le stoïcien Timoclès et l’épicurien Damis, sans que je sache d’où leur est venue leur dispute, ont discuté sur la Providence, devant une assemblée nombreuse et distinguée, ce qui m’a contrarié au plus haut point. Damis soutenait qu’il n’existe absolument pas de dieux et qu’ils ne surveillent ni ne dirigent les événements. Le brave Timoclès s’évertuait au contraire à nous défendre. Bientôt après, la foule est accourue de tous côtés. Cependant la discussion ne fut pas poussée jusqu’au bout. Ils se sont séparés après être convenus de la reprendre et de l’achever, et aujourd’hui tous les esprits sont en suspens et impatients de les entendre pour savoir quel sera le vainqueur et paraîtra raisonner le plus juste. Vous voyez le danger, dans quelle impasse nous sommes acculés, risquant tout sur un seul homme. De deux choses l’une : il faut, ou bien que nous soyons mis de côté, si l’on juge que nous ne sommes que des noms, ou que nous soyons honorés comme par le passé, si Timoclès a le dessus dans la discussion.

3. Icaroménippe ou le voyage aérien, 15-16
Ménippe a eu la fabuleuse opportunité de survoler le monde. Voici son récit.

Ménippe. – À peine eus-je battu de l’aile qu’une grande lumière brilla autour de moi et tous les objets cachés jusque-là se découvrirent. En me penchant vers la terre, je voyais nettement les villes, les hommes et leurs actions, et non seulement celles qu’ils faisaient en plein air, mais encore toutes celles qu’ils pratiquaient dans leurs maisons, où ils se croyaient à l’abri des regards. Je vis Ptolémée couchant avec sa sœur ; le fils de Lysimaque dressant des embûches à son père ; celui de Séleucos, Antiochos, faisant en tapinois des signes à Stratonice, sa marâtre ; le Thessalien Alexandre tué par sa femme ; Antigone commentant un inceste avec la femme de son fils ; le fils d’Attale lui versant le poison ; d’un autre côté Arsakès tuant sa femme et l’eunuque Arbakès tirant son épée contre lui ; le Mède Statinos, le sourcil fracassé par une coupe d’or, traîné par le pied hors de la salle du festin par ses satellites. On pouvait voir les mêmes scènes en Libye, en Scythie, en Thrace, dans les palais des rois : ce n’étaient qu’adultères, meurtres, embûches, brigandages, parjures, craintes et trahisons commises par les parents les plus proches.
Tel était le divertissement que m’offrait la conduite des rois. Quant à celle des particuliers, elle était bien plus risible encore. Car eux aussi paraissaient à ma vue, et j’aperçus Hermodore, l’épicurien, qui se parjurait pour mille drachmes ; le stoïcien Agathoclès qui plaidait contre son disciple pour son salaire ; Cleinias, l’orateur, qui dérobait une coupe au temple d’Asclépios et le cynique Hérophilos qui dormait au lupanar. Que te dirai-je des autres ? Les uns cambriolaient, les autres se laissaient corrompre à prix d’argent, ou prêtaient à usure, ou réclamaient une dette. En un mot, c’était un spectacle varié dont tous les peuples étaient les acteurs.
L’ami. – Tu ne ferais pas mal de me les dépeindre, Ménippe ; car il a dû te procurer un plaisir peu commun.
Ménippe. – Te raconter tout en détail, mon doux ami, serait chose impossible ; car c’est déjà une affaire de tout voir. Mais les principales actions ressemblaient assez à celles qu’Homère dit avoir été représentées sur le bouclier, d’un côté des festins et des noces, de l’autre des tribunaux et des assemblées du peuple ; dans une autre partie, on offrait un sacrifice ; à côté, c’était une scène de deuil. Quand je regardais vers le pays des Gètes, je voyais ces peuples faire la guerre ; si je me tournais du côté des Scythes, on les voyait errer sur leurs chariots ; en détournant un peu la vue du côté opposé, j’apercevais les Égyptiens en train de labourer, tandis que le Phénicien voyageait pour trafiquer, que le Cilicien se livrait à la piraterie, que le Laconien était fouetté et que l’Athénien plaidait.

La traduction est empruntée à É. Chambry, A. Billault, É. Marquis, D. Goust, Lucien de Samosate. Œuvres complètes, Paris, Robert Laffont, 2015.

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